05/11/2011

Les passagères clandestines

Vous avez été nombreux à réagir à mon article sur les lapins australiens.

Mais, il n'y a pas que les espèces animales qui peuvent nous poser des problèmes.

Les espèces végétales, elles aussi, peuvent devenir invasives.

Le processus est le même que pour les animaux.

Elles sont introduites :

- soit par accident,

- soit volontairement.

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Exemples d'espèces introduites accidentellement

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Le Seneçon du Cap (Senecio inaequidens)

 

Senecio-inaequidens-5.jpg

 

Senecio-inaequidens-3.jpg

Senecio-inaequidens-4.jpg

 

Les graines de cette plante herbacée (40 à 70 cm) ont été introduites,

dans des laines de mouton, importées d'Afrique du Sud.

 

On l'a retrouvée dans tous les ports d'Europe :

en France : à Calais,

et à Mazamet, dans le Tarn, centre industriel lainier.

De là elle s'est répandue rapidement, grâce à ses graines plumeuses transportées par le vent.

Elle est considérée comme une mauvaise herbe, car elle dégrade la qualité des cultures.

 

Chez nous, elle a été très présente sur les bas-côtés de la RN 86 entre Lédenon et Saint-Bonnet.

 Un arrachage manuel des pieds a semble t-il enrayé son développement.

 

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Dans son message, sur l'article précédent, Jean-Pierre B.

me signale le cas de 

la Caulerpa taxifolia

 

caulerpa-taxifolia-aquarium_richard-ling-Flickr-CC-by-nc-sa-20_03.jpg

 

Cette algue verte tropicale a d'abord été introduite volontairement

pour la décoration d'aquarium, en Europe, en France

et à Monaco, dans les années 80.

 

L'invasion

En 1984, elle est signalée, en très petite quantité, en Méditerranée, dans les eaux monégasques.

Nettoyage d'aquarium, déchets jetés dans la mer ?

Ce qui est sûr (des tests scientifiques l'ont prouvé), c'est qu'elle provient bien de l'aquarium de Monaco.

A partir de là, tout va très vite.

L' "algue tueuse", comme on la surnomme, va se propager dans toute la Méditerranée.

En 1991, on la retrouve jusqu'à la frontière espagnole.

Trois ans plus tard, elle est signalée en Sicile, en Croatie, en Tunisie...

 

Pourquoi ?

- La Caulerpa taxifolia se reproduit par stolons (comme les fraises).

A chaque coupure (plongeurs, bateaux, essais de ramassage), elle reproduit rapidement un autre plan.

- Elle sécrète des toxines, qui la protègent d'éventuels prédateurs, et qui contaminent l'eau, menaçant les autres espèces.

 

Problèmes

- Les exemplaires en grand nombre de Caulerpa taxifolia, enchevêtrés, forment un tapis qui empêche la lumière de pénétrer au fond de l'eau.

Cela met en danger les autres algues et les herbiers à posidonie (espèce protègée), principale "nurserie"de nombreuses espèces animales marines.

- Les toxines sécrétées ont un effet répulsif, à la fois sur la faune et sur les autres algues.

Le milieu marin devient uniforme et s'appauvrit.

Adieu, la biodiversité !

- Cela pose des problèmes pour la pêche : moins de poissons, filets pleins d'algue.

- Cela en pose aussi pour le tourisme : baignade, plongée sous-marine.

 

Solutions

- Beaucoup ont été envisagées : injection de sel, de cuivre,

introduction de nouveaux prédateurs,

( mais les autorités françaises n'ont pas voulu reproduire le problème australien...)

Très peu ont donné des résultats.

La meilleure solution a été trouvée par la Croatie :

 recouvrir, pendant trois mois, les Caulerpa taxifolia, 

avec des bâches noires fixées au fond de la mer.

Privées de lumière, les algues tueuses meurent naturellement.  

 

Aujourd'hui

Contre toute attente, et sans explication véritable, il semblerait que les Caulerpa Taxifolia de Méditerranée soient en train de disparaître naturellement.

???