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07/11/2011

L'Ambroisie

Encore une plante introduite accidentellement, dans des semences de plantes fourragères.

Récemment, on en a trouvé dans des filets de graines destinées à la nourriture des oiseaux.

 

Ambroisie à feuilles d'armoise (Ambrosia artemisiifolia)

 

DSC01624.JPG

- Plante herbacée annuelle de 40 à 60 cm.

- Feuilles larges, très découpées, pointues, vert foncé sur les deux faces.

DSC08231.JPG

- Tige raide, très poilue et souvent rougeâtre.

    DSC08226.JPG  DSC08222.JPG

- Fleurs petites, blanc verdâtre, en long épi maigre.

- Pousse dans le limon au bord des rivières, en compagnie de l'Armoise annuelle (Artemisia annua) et de l'armoise commune (Artemisia vulgaris)

- Graines nombreuses (jusqu'à 3000 par pied), tombant au sol et se mettant "en dormance".

***

 

Comment la reconnaître ?

 

- D'abord par ses feuilles :

Celles de l'armoise annuelle sont plus petites, à bouts arrondies.

Celles de l'armoise commune sont plus allongées, vert foncé dessus, vert argent dessous. 

 

  DSC08235.JPG Artemisia-vulgaris-1.jpg

                   Armoise annuelle                                                Armoise commune 

 

Ensuite par sa tige :

Les tiges des deux armoises, ne sont pas poilues.

DSC08215.JPG  DSC08239---copie.jpg

                             Ambroisie                                            Armoise annuelle 

 

L'invasion 

 

Il y a une dizaine d'années, un habitant de Lédenon, d'origine lyonnaise, nous avait allertés sur la présence d'ambroisie, autour de Lyon.

Devant ses récits angoissés, nous étions partis au bord du Gardon,

"à la recherche de l'ambroisie".

Malgré plusieurs tests, de Remoulins jusqu'à Anduze,  

aucune trace d'ambroisie.

 

Aujourd'hui

 

La plante pousse au bord des rivières, sur les terres dénudées, abandonnées, sur les décombres...

Ses graines sont facilement transportées par l'eau, par les roues des tracteurs ou des camions.

L'ambroisie s'est ainsi propagée le long des voies de communication .

Aujourd'hui, toute la vallée du Rhône est infestée.

(Toutes les photos de cet article ont été prises en Juillet 2007, sur la commune de Collias.)

 

Problèmes

 

La présence d'ambroisie pose un gros problème de santé publique.

Elle fleurit en Juillet/Août et libère ses pollens très allergisants jusqu'à fin Septembre.

Les spécialistes pensent que 10 à 20 % de la population est sensible au pollen de l'ambroisie.

Toux, conjonctivite, asthme, urticaire, eczéma, sont des symptomes courants

qui, de plus, provoquent des coûts médicaux énormes.

 

Prévention

 

Depuis 2007, un arrêté préfectoral impose la destruction de toute plante d'ambroisie :

- aux particuliers, dans leurs jardins

- aux agriculteurs

- aux collectivités locales : jardins publics, voierie...

- aux chefs de chantier : vérification des terres transportées et nettoyage des roues d'engins ...

***

L'arrachage manuel (avec des gants), suivi de brûlage,

avant la floraison et la montée en graine,

est la meilleure méthode trouvée, pour les petites surfaces.

Pour les grandes surfaces, le fauchage ou la tonte

sont nécessaires, mais souvent moins efficaces

***

Pour le Gard, des capteurs de pollen sont installés à l'hôpital Carremeau à Nîmes.

Des bulletins d'information sont publiès en cas de problème.

***

 

  

05/11/2011

Les passagères clandestines

Vous avez été nombreux à réagir à mon article sur les lapins australiens.

Mais, il n'y a pas que les espèces animales qui peuvent nous poser des problèmes.

Les espèces végétales, elles aussi, peuvent devenir invasives.

Le processus est le même que pour les animaux.

Elles sont introduites :

- soit par accident,

- soit volontairement.

 ***

Exemples d'espèces introduites accidentellement

***

 

Le Seneçon du Cap (Senecio inaequidens)

 

Senecio-inaequidens-5.jpg

 

Senecio-inaequidens-3.jpg

Senecio-inaequidens-4.jpg

 

Les graines de cette plante herbacée (40 à 70 cm) ont été introduites,

dans des laines de mouton, importées d'Afrique du Sud.

 

On l'a retrouvée dans tous les ports d'Europe :

en France : à Calais,

et à Mazamet, dans le Tarn, centre industriel lainier.

De là elle s'est répandue rapidement, grâce à ses graines plumeuses transportées par le vent.

Elle est considérée comme une mauvaise herbe, car elle dégrade la qualité des cultures.

 

Chez nous, elle a été très présente sur les bas-côtés de la RN 86 entre Lédenon et Saint-Bonnet.

 Un arrachage manuel des pieds a semble t-il enrayé son développement.

 

_____________

 

Dans son message, sur l'article précédent, Jean-Pierre B.

me signale le cas de 

la Caulerpa taxifolia

 

caulerpa-taxifolia-aquarium_richard-ling-Flickr-CC-by-nc-sa-20_03.jpg

 

Cette algue verte tropicale a d'abord été introduite volontairement

pour la décoration d'aquarium, en Europe, en France

et à Monaco, dans les années 80.

 

L'invasion

En 1984, elle est signalée, en très petite quantité, en Méditerranée, dans les eaux monégasques.

Nettoyage d'aquarium, déchets jetés dans la mer ?

Ce qui est sûr (des tests scientifiques l'ont prouvé), c'est qu'elle provient bien de l'aquarium de Monaco.

A partir de là, tout va très vite.

L' "algue tueuse", comme on la surnomme, va se propager dans toute la Méditerranée.

En 1991, on la retrouve jusqu'à la frontière espagnole.

Trois ans plus tard, elle est signalée en Sicile, en Croatie, en Tunisie...

 

Pourquoi ?

- La Caulerpa taxifolia se reproduit par stolons (comme les fraises).

A chaque coupure (plongeurs, bateaux, essais de ramassage), elle reproduit rapidement un autre plan.

- Elle sécrète des toxines, qui la protègent d'éventuels prédateurs, et qui contaminent l'eau, menaçant les autres espèces.

 

Problèmes

- Les exemplaires en grand nombre de Caulerpa taxifolia, enchevêtrés, forment un tapis qui empêche la lumière de pénétrer au fond de l'eau.

Cela met en danger les autres algues et les herbiers à posidonie (espèce protègée), principale "nurserie"de nombreuses espèces animales marines.

- Les toxines sécrétées ont un effet répulsif, à la fois sur la faune et sur les autres algues.

Le milieu marin devient uniforme et s'appauvrit.

Adieu, la biodiversité !

- Cela pose des problèmes pour la pêche : moins de poissons, filets pleins d'algue.

- Cela en pose aussi pour le tourisme : baignade, plongée sous-marine.

 

Solutions

- Beaucoup ont été envisagées : injection de sel, de cuivre,

introduction de nouveaux prédateurs,

( mais les autorités françaises n'ont pas voulu reproduire le problème australien...)

Très peu ont donné des résultats.

La meilleure solution a été trouvée par la Croatie :

 recouvrir, pendant trois mois, les Caulerpa taxifolia, 

avec des bâches noires fixées au fond de la mer.

Privées de lumière, les algues tueuses meurent naturellement.  

 

Aujourd'hui

Contre toute attente, et sans explication véritable, il semblerait que les Caulerpa Taxifolia de Méditerranée soient en train de disparaître naturellement.

???

 

02/11/2011

Un scénario catastrophe

Un scénario catastrophe

ou comment une erreur australienne peut perturber la garrigue nîmoise.

***

L'histoire se passe en Australie en 1859.

- Un australien, décide d'importer de Grande Bretagne, 12 couples de lapins dans le sud de l'Australie.

Son objectif est simple : faire quelques parties de chasse aux lapins avec quelques amis.

- Les lapins s'adaptent très bien à leur nouveau domicileN'ayant pas de prédateur naturel en Australie, (ni renard, ni fouine, ni rapaces), ils se reproduisent en grand nombre.

 Les parties de chasse ne sont pas suffisantes pour ralentir leur progression.

- 30 ans après, ils ont colonisé la moitié de l'Australie.

Ils dévorent toute la végétation, engendrant une grande crise agricole doublée d'une crise écologique, les kangourous et autres animaux natifs mourrant de faim, ne trouvant plus suffisamment de nourriture dans la nature.

- Les autorités australiennes commencent à s'inquiéter.

Il faut à tout prix éliminer les lapins !

Tous les moyens sont bons : chasse, pièges, poison... tuant au passage d'autres espèces qui ne faisaient de mal à personne .

C'est un échec, les lapins continuent à se développer.

Ils décident alors d'introduire en Australie, un prédateur naturel du lapin : le renard

Deuxième échec :

Les renards mangent bien quelques lapins, mais très vite, ils vont leur préférer les petits marsupiaux australiens ( bébés kangourous, wallabies, koalas ...) animaux lents, plus faciles à attraper.

Devant leur incapacité à résoudre, seuls, ce problème, les australiens font paraître un avis officiel dans le journal "Le Temps", offrant "25000 livres (9500 €), à qui découvrirait un procédé pour exterminer les lapins".

Pendant ce temps, en Europe, Pasteur travaille sur "le choléra des poules", et a découvert qu'il tuait aussi les lapins.

Il propose sa trouvaille au gouvernement australien, qui, après réflexion, la refuse, car ce "microbe" était trop dangereux pour leurs volailles.

Pendant ce temps, un biologiste brésilien, travaille sur des lapins de laboratoire dont le museau est couvert de tumeurs. Il appelle le virus "myxome infectieux".

Son successeur appellera la maladie "la myxomatose".

En 1927, il propose au gouvernement australien, de se débarrasser des lapins avec la myxomatose.

Mais ce n'est qu'en 1936 que les véritables essais vont commencer.

La guerre interrompt l'expérience,

et ce n'est qu'en 1950 que les premiers lapins porteurs du virus sont lachés en Australie.

Curieusement, les lapins vivant près des cours d'eau, meurent rapidement, alors que ceux vivant en zone aride résistent.

Après étude des lapins morts, les australiens découvrent que la maladie se transmet par piqûre.

Les nombreux moustiques aux abords des zones humides ont bien fait leur travail...

Quant aux zones arides ... 

Les australiens décident d'introduire des puces...

- Cinq ans après, des enquêteurs estiment à 100, voire 200 millions, le nombre de lapins tués.

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Dès 1952, une grande publicité est faite sur l'extermination des lapins australiens, grâce au virus de la myxomatose.

Alors que la maladie est inconnue en France, Armand Delille (pédiatre, professeur à l'Ecole de Medecine de Paris, vice-président de la Société de Biologie, chef de bactériologie de l'Armée d'Orient...) cherche à faire l'expérience, dans son domaine de Maillebois, près de Rambouillet. Ce parc de 300 ha de forêts et de plantations agricoles, est infesté de lapins qui causent de gros dégâts.

Ce parc est muré, Armand Delille pense faire une expérience privée, sans conséquence pour l'extérieur du domaine.

Grâce à ses connaissances, il arrive à se procurer deux doses de virus de la myxomatose, qu'il injecte à deux de ses lapins.

Six semaines plus tard, les ouvriers du domaine constatent la mort de 90% des lapins.

***

A cette époque, la France sort de la guerre, et le pays a du mal à se redresser.

Les agriculteurs et les forestiers se plaignent des attaques répétées des lapins sauvages  sur leur plantations.

Le Docteur Delille décide de rendre publique son expérience.

Décoré par les uns (forestiers, agriculteurs), trainé devant les tribunaux par les autres (Sociétés de chasse, éleveurs de lapins domestiques, fourreurs), le Docteur Delille entraîne des débats à l'Assemblée Nationale, qui rendra illégales l'introduction et l'utilisation de la myxomatose en France.

Mais, il est trop tard !

Quelques lapins sont trouvés morts, non loin de Maillebois, certainement échappés du domaine et visiblement infestés par la myxomatose...

Un an plus tard, la totalité du territoire français est contaminé, pour s'étendre en Angleterre en Octobre 1953, en Italie et en Espagne en 1955, et le reste de l'Europe en 1958.

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