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02/11/2011

Un scénario catastrophe

Un scénario catastrophe

ou comment une erreur australienne peut perturber la garrigue nîmoise.

***

L'histoire se passe en Australie en 1859.

- Un australien, décide d'importer de Grande Bretagne, 12 couples de lapins dans le sud de l'Australie.

Son objectif est simple : faire quelques parties de chasse aux lapins avec quelques amis.

- Les lapins s'adaptent très bien à leur nouveau domicileN'ayant pas de prédateur naturel en Australie, (ni renard, ni fouine, ni rapaces), ils se reproduisent en grand nombre.

 Les parties de chasse ne sont pas suffisantes pour ralentir leur progression.

- 30 ans après, ils ont colonisé la moitié de l'Australie.

Ils dévorent toute la végétation, engendrant une grande crise agricole doublée d'une crise écologique, les kangourous et autres animaux natifs mourrant de faim, ne trouvant plus suffisamment de nourriture dans la nature.

- Les autorités australiennes commencent à s'inquiéter.

Il faut à tout prix éliminer les lapins !

Tous les moyens sont bons : chasse, pièges, poison... tuant au passage d'autres espèces qui ne faisaient de mal à personne .

C'est un échec, les lapins continuent à se développer.

Ils décident alors d'introduire en Australie, un prédateur naturel du lapin : le renard

Deuxième échec :

Les renards mangent bien quelques lapins, mais très vite, ils vont leur préférer les petits marsupiaux australiens ( bébés kangourous, wallabies, koalas ...) animaux lents, plus faciles à attraper.

Devant leur incapacité à résoudre, seuls, ce problème, les australiens font paraître un avis officiel dans le journal "Le Temps", offrant "25000 livres (9500 €), à qui découvrirait un procédé pour exterminer les lapins".

Pendant ce temps, en Europe, Pasteur travaille sur "le choléra des poules", et a découvert qu'il tuait aussi les lapins.

Il propose sa trouvaille au gouvernement australien, qui, après réflexion, la refuse, car ce "microbe" était trop dangereux pour leurs volailles.

Pendant ce temps, un biologiste brésilien, travaille sur des lapins de laboratoire dont le museau est couvert de tumeurs. Il appelle le virus "myxome infectieux".

Son successeur appellera la maladie "la myxomatose".

En 1927, il propose au gouvernement australien, de se débarrasser des lapins avec la myxomatose.

Mais ce n'est qu'en 1936 que les véritables essais vont commencer.

La guerre interrompt l'expérience,

et ce n'est qu'en 1950 que les premiers lapins porteurs du virus sont lachés en Australie.

Curieusement, les lapins vivant près des cours d'eau, meurent rapidement, alors que ceux vivant en zone aride résistent.

Après étude des lapins morts, les australiens découvrent que la maladie se transmet par piqûre.

Les nombreux moustiques aux abords des zones humides ont bien fait leur travail...

Quant aux zones arides ... 

Les australiens décident d'introduire des puces...

- Cinq ans après, des enquêteurs estiment à 100, voire 200 millions, le nombre de lapins tués.

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Dès 1952, une grande publicité est faite sur l'extermination des lapins australiens, grâce au virus de la myxomatose.

Alors que la maladie est inconnue en France, Armand Delille (pédiatre, professeur à l'Ecole de Medecine de Paris, vice-président de la Société de Biologie, chef de bactériologie de l'Armée d'Orient...) cherche à faire l'expérience, dans son domaine de Maillebois, près de Rambouillet. Ce parc de 300 ha de forêts et de plantations agricoles, est infesté de lapins qui causent de gros dégâts.

Ce parc est muré, Armand Delille pense faire une expérience privée, sans conséquence pour l'extérieur du domaine.

Grâce à ses connaissances, il arrive à se procurer deux doses de virus de la myxomatose, qu'il injecte à deux de ses lapins.

Six semaines plus tard, les ouvriers du domaine constatent la mort de 90% des lapins.

***

A cette époque, la France sort de la guerre, et le pays a du mal à se redresser.

Les agriculteurs et les forestiers se plaignent des attaques répétées des lapins sauvages  sur leur plantations.

Le Docteur Delille décide de rendre publique son expérience.

Décoré par les uns (forestiers, agriculteurs), trainé devant les tribunaux par les autres (Sociétés de chasse, éleveurs de lapins domestiques, fourreurs), le Docteur Delille entraîne des débats à l'Assemblée Nationale, qui rendra illégales l'introduction et l'utilisation de la myxomatose en France.

Mais, il est trop tard !

Quelques lapins sont trouvés morts, non loin de Maillebois, certainement échappés du domaine et visiblement infestés par la myxomatose...

Un an plus tard, la totalité du territoire français est contaminé, pour s'étendre en Angleterre en Octobre 1953, en Italie et en Espagne en 1955, et le reste de l'Europe en 1958.

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30/10/2011

Espèces animales invasives (suite)

 Voilà un exemple d'introduction volontaire, strictement pour l'agrément.

En 1968, un particulier importe des Etats Unis, une dizaine d'exemplaires de

Grenouille Taureau

(Rana catesbeiana)

pour agrémenter un petit étang dans sa proprièté, près de Bordeaux.

Grenouille-taureau.jpg

Cette grenouille est impressionnante :

- par sa taille (15 à 20 cm), et jusqu'à 40 cm en extension, pendant les sauts.

- par son poids (600 g en moyenne).

- par ses couleurs : brun, vert olive doré.

- par la longueur de ses tétards (jusqu'à 15 cm).

- par le cri des mâles, qui ressemble au beuglement des taureaux.


Mais voilà, elle est aussi impressionnante dans sa reproduction :

- 2 pontes par an, jusqu'à 20000 œufs par ponte.


L'invasion 

Au bout de quelques années, des grenouilles se sont échappées et ont colonisé les espaces d'eau voisins, fuyant ainsi la surpopulation de leur étang d'origine.

Cette espèce fait preuve d'une grande capacité à s'adapter à son nouveau milieu, mais aussi, à se déplacer dans d'autres régions, en utilisant les cours d'eau.


Aujourd'hui

Elle a envahi toutes les zones humides de la région Aquitaine.

La grenouille taureau est aujourd'hui, présente en Camargue.


Problème

C'est un gros prédateur.

Elle mange tout ce qu'elle peut capturer : poissons, alevins, tétards, petites grenouilles, poussins d'oiseaux aquatiques, écrevisses, libellules... et même des tétards de son espèce...

Ses tétards se nourrissent d'œufs de poissons ou d'autres tétards.

A ce rythme, elle a vite fait de rompre l'équilibre naturel de nos zones humides.

De plus, elle met en danger les espèces natives de batraciens et autres poissons.


***

Seul moyen trouvé pour s'en dévarrasser : la capture (grenouilles ou tétards) et l'élimination.

Son importation est interdite dans tous les pays européens.

On aurait pû introduire un prédateur naturel (poissons carnassiers)...

Mais le remède est quelquefois plus terrible que le mal...

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Exemple d'introduction volontaire pour le commerce alimentaire

L'écrevisse de Louisiane

(Procambarus clarkii) 

Ecrevisse-1.jpg

Ecrevisse-2.jpg

Originaire de Louisiane, elle est très appréciée aux Etats Unis et au Canada.

Elle a été introduite en Europe, pour l'élevage à des fins alimentaires.


- Elle est grande (12 cm de long), et possède de grandes pinces,

- La femelle adulte peut pondre toute l'année, jusqu'à 500 œufs à chaque ponte.

- Écrevisse d'eau douce, elle peut supporter des eaux à forte salinité.

- Elle est très résistante à la sécheresse ou au gel, s'interrant dans le sol en cas de mauvaises conditions climatiques.


L'invasion

Échappée des élevages, perdue lors de transport, ou imprudence des pêcheurs qui l'utilisaient comme appât, les causes de son invasion sont nombreuses.


Aujourd'hui

En France, elle colonise tous les marais du bord de la Garonne et du Poitou-Charentes.

Elle est présente en Camargue.


Problème

Elle est carnassière : elle se nourrit de tétards, d'escargots, de petits poissons,

alimentation habituelle des oiseaux aquatiques tels que les canards, qui préfèrent changer de plan d'eau. 

Par son activité débordante, elle déracine la végétation aquatique, même dans les rizières.

Comme le ragondin, elle creuse des galeries sous les berges et dans les digues, les fragilisant en cas de crues.

***

En France, tous les transports d'écrevisses vivantes sont interdits.

Son utilisation comme appât est très controlée.

Beaucoup de restaurants l'ont mise à leur menu .

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Exemple d'introduction volontaire pour la défense de l'homme contre un autre animal

(lutte biologique)

 Le Gambusia

(Gambusia affinis)

 

Gambusia.jpg

 

Originaire des Etats Unis,

ce petit poisson (pas plus gros qu'un tétard),

a été introduit dans les pays chauds, pour lutter contre la prolifération des moustiques, transmettant le paludisme.

Toujours pour se débarrasser des moustiques,

il a été ensuite importé dans le sud de la France, surtout dans les marais de Camargue.

Il a été commercialisé, afin que les particuliers puissent en placer dans leurs bassins.

(chose très recommandée par l'organisme chargé de la lutte contre les moustiques)

 

L'invasion

Malgré la présence de prédateurs naturels (oiseaux aquatiques, tortues), sa facilité de reproduction est telle, qu'il envahit toute la Camargue.


Problème

Il est très résistant, très agressif avec les autres poissons, et s'il se nourrit principalement de larves de moustiques, il dévore aussi des œufs d'autres poissons.


Aujourd'hui

S'il n'est pas considéré en France, comme une espèce invasive, il l'est aux Etats Unis.

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Heureusement, toutes les espèces introduites ne s'adaptent pas de cette manière,

à leurs nouvelles conditions de vie.

 Elles ne sont pas classées "invasives", car elles ne menacent pas le milieu naturel qui les a accueillies.



28/10/2011

Les espèces animales invasives

Oui, l'homme est le principal perturbateur de l'équilibre de la nature.


A chaque découverte de nouveaux territoires, ils ont amené leurs animaux familiers, sans se soucier des éventuelles conséquences.

Ils ont introduit ainsi des espèces animales :

- pour se nourrir,

- pour se défendre,

- pour se déplacer,

- pour faire du commerce,

- ou plus simplement, pour leur plaisir.


 Histoire des dromadaires australiens :


Lors de la découverte de l'Australie, les explorateurs ont dû traverser le désert central.

Leurs chevaux n'ont pas résisté à la chaleur et à la sécheresse.

Ces européens ont eu l'idée d'importer des dromadaires d'Afghanistan.

Au début, tout a bien fonctionné.

Mais quand les voitures et surtout les avions ont été inventés, les dromadaires ont été abandonnés dans le désert.

Ils se sont très bien adaptés, et reproduits en grand nombre.

Problème :

Bien que frugal, le dromadaire dévore la végétation (déjà maigre) du désert, facilitant l'érosion et gènant la nidification des oiseaux.

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Le gouvernement australien ne sait plus comment s'en débarrasser : dons aux zoos, extermination par tir au fusil, vente pour la viande ...

 

DSC00368.jpg

En Australie, on voit des dromadaires couchés au bord de la route, comme on voit des vaches dans le Massif Central.

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Histoire de la Tortue de Floride

Voilà un exemple, plus récent, d'une introduction volontaire à usage commercial.

Cette tortue qui vit naturellement dans les marécages de Floride (Etats Unis), a été introduite en France, comme animal de compagnie.

La jeune (et jolie) tortue, ne mesurant pas plus de 5 cm, a eu un succés fou auprès des enfants et des parents insouciants.

Mais, la tortue de Floride grandit très vite, jusqu'à 40 cm et devient très agressive.

Devant le danger, de nombreux propriétaires les ont relachées dans la nature.

Elle s'est adaptée dans la moitié sud de la France, et surtout dans les zones humides autour du bassin méditerranéen.

Problème :

La Tortue de Floride est très vorace et omnivore : alevins, tétards, grenouilles, escargots, sont à son menu, et disparaissent peu à peu des marécages.

Elle est en concurrence avec notre tortue d'origine : la Cistude d'Europe, présente en Camargue, et qui est une espèce protégée en France.

Si vous trouvez une tortue de Floride, au bord du Gardon (il y en a !) , soyez prudents, son cou très long qui sort de la carapace, lui permet "d'atteindre l'ennemi" très loin, et sa morsure est très douloureuse.

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Demandez conseil à votre vétérinaire, qui connaîtra un centre d'accueil .

Son commerce est interdit en France depuis les années 1990 .

 

DSC03810.JPG

Photo prise au Brésil-région d'Iguazu

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Une histoire de fourrure

Voilà un autre exemple, d'introduction d'espèces, à la fois pour le commerce et pour le plaisir...

Au XIXème siècle, la fourrure était très à la mode.

Certains éleveurs importèrent d'Amérique du Sud, un animal à très belle fourrure :

le Ragondin 

La mode est passée, les ragondins sont restés.

Tous les ragondins présents en Europe proviennent d'individus évadés ou relâchés volontairement.

C'est un animal qui aime les milieux aquatiques, d'eau douce ou saumâtre.

En France, il occupe un grand nombre de zones humides, et ayant perdu ses prédateurs naturels (les caïmans), il envahit les marais.

Près de chez nous, il est présent en Camargue.

Problèmes :

Le ragondin creuse son terrier (jusqu'à 7m de long) dans les berges et les digues, ce qui les fragilise, les déstabilise, et favorise leur érosion. 

Il accentue ainsi leur fragilité en cas de crue.

De plus le ragondin est herbivore et fait quelques dégâts dans les rizières.

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305 ragondins ont été capturés dans le Gard pendant la saison 2009/2010.

 

DSC00900.JPG

Photo prise en Camargue

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Il y a bien d'autres cas :

je vous en parlerais demain .